Patientes-actrices et patients-acteurs, de précieux partenaires *  

Qui sont-ils ces individus qui mettent leurs talents à la disposition de l’apprentissage expérientiel des étudiants et des professionnels de la santé ?

De quelles qualités doivent-ils être pourvus pour être à même de contribuer à l’enseignement et à l’évaluation des professionnels de la santé ?

Comment gèrent-ils les rôles physiquement et émotionnellement difficiles ?

Quels sont nos devoirs en tant qu’intervenants pour assurer leur sécurité, dynamiser leur motivation et soutenir leur collaboration ?

En donnant des éléments de réponses à ces questions, cet article est dédié aux près de 250 patients-acteurs sur lesquels l’équipe du CIS peut compter pour garantir la qualité de l’un des aspects de la simulation humaine.

Comédiens amateurs ou professionnels, citoyens enthousiastes et motivés, jeunes, moins jeunes ou déjà d’un âge respectable, plus ou moins malmenés par la vie mais toujours prêts à de nouvelles aventures, ceux qui contribuent à l’apprentissage expérientiel des professionnels de la santé proviennent d’horizons très divers. Et ne sont de loin pas n’importe qui. Choisis selon des critères bien définis, dont un des principaux est d’avoir une santé physique et psychique compatible avec les rôles qui pourraient leur être confiés, les patients-acteurs engagés par le CIS font preuve d’aptitudes essentielles pour garantir la qualité de leurs interventions auprès des étudiants et des intervenants, sans que ces interventions nuisent à leur propre santé physique et psychologique.

Les patients acteurs engagés par le CIS sont couramment appelés « PS », autrement dit «patients standardisés», «patients simulés», ou encore «partenaires standardisés ou simulés» si l’acteur endosse l’un des innombrables rôles d’une personne de l’entourage d’un patient. Sans oublier les  « patients instructeurs » qui mettent à profit leur pathologie, souvent chronique, telle que la polyarthrite rhumatoïde en jouant leur propre rôle auprès des étudiants et en les guidant lors de l’examen clinique dont ils connaissent tous les détails.

La standardisation demande au patient-acteur constance, rigueur, concentration, endurance, excellente mémorisation et compréhension du rôle de façon à pouvoir improviser tout en restant cohérent avec les exigences requises en situation d’évaluation des apprenants.

La simulation, selon le degré d’improvisation laissé au PS, demande adaptabilité, écoute, réactivité et bonne compréhension des objectifs d’apprentissage. Si cela est requis, donner un feedback aux étudiants exige d’être à la fois dans son rôle tout en observant les comportements verbaux et non-verbaux des étudiants, en plus d’observer les effets de ces comportements sur soi-même; assurer la triple tâche de jouer un rôle tout en observant l’étudiant en-même temps que ses propres réactions n’est pas à la portée de tout le monde. Cela demande entre autres une certaine maturité émotionnelle, de la simplicité, de l’authenticité, de la bienveillance envers les étudiants et une attitude positive sans croisade personnelle envers le milieu de la santé.(6)

Enfin, d’un point de vue administratif l’organisation d’une activité s’avérant le plus souvent complexe, la disponibilité, la fiabilité, la ponctualité et l’enthousiasme sont des qualités particulièrement appréciées.

Avec ces exigences élevées, on peut se demander quels sont les avantages autres que rémunérateurs pour nos PS, en particulier lorsque les rôles sont physiquement et émotionnellement difficiles. Une étude initiée il y a 4 ans par la Dre Florence Demaurex (3) a démontré que les PS collaborant avec le CIS et qui ont répondu au questionnaire ne présentent que peu de problèmes liés à leurs activités et quand il y en a, ces problèmes sont transitoires. Au contraire, de par les connaissances acquises au gré des scénarios, la connaissance et la maîtrise de leur état de santé se trouvent renforcés (empowerment).

Les résultats de cette étude confirment ce que l’on trouve dans la littérature(2-4-5) et montrent que les facteurs de stress ne sont pas vraiment liés à la nature complexe et/ou émotionnellement chargée des scénarios, mais plutôt à l’exécution répétée de ces scénarios. On sait également que produire un feedback aux étudiants ainsi que le stress des étudiants eux-mêmes peuvent générer une certaine tension pour nos PS, qui tempèrent en affirmant passer facilement à autre chose lorsque l’activité est terminée. De plus, nos PS disent se sentir utiles en contribuant à la formation aux métiers de la santé, et les rôles confiés sont d’inépuisables sources d’inspiration pour ceux d’entre eux qui sont aussi comédiens.

On pourrait se satisfaire de ces résultats, en conclure que nos activités de simulation sont avant tout enrichissantes pour nos PS et que chacun d’eux parvient à gérer son stress sans en ressentir d’effets négatifs. Toutefois, l’évolution rapide des activités du CIS en quantité et en complexité doit inciter à la vigilance. En effet, depuis 2014, le nombre de nos PS a quadruplé, les activités d’enseignement et d’évaluation ont explosé dans les différentes filières pré et post-graduées, et les intervenants en interaction avec les PS se sont multipliés.

En tant que formateurs PS, nous avons la responsabilité de répondre avec professionnalisme aux compétences aussi subtiles que variées dont font preuve nos PS en leur offrant un cadre de travail dans lequel ils peuvent évoluer en toute sécurité, et ce dans la perspective de renforcer la collaboration non seulement avec nos PS expérimentés ou novices, mais aussi avec les multiples intervenants impliqués dans l’apprentissage expérientiel des professions de la santé. Il est essentiel de partager entre tous les intervenants des pratiques d’excellence lorsque nous utilisons les compétences des PS. Ce partage est une condition indispensable à la croissance et au développement des activités avec PS (1).

Cette nécessité a été récemment concrétisée par un groupe d’experts qui a rédigé « The Association of Standardized Patient Educators (ASPE) Standards of Best Practice (SOBP)(1) dont voici une traduction :

Les standards de bonnes pratiques du travail avec PS*

La formatrice/le formateur PS est garant de l’application des normes suivantes :

Cadre travail sécurisé :

·        Assure de saines conditions de travail pour un format d’activité donné (p.ex : nombre de rotations, nombre d’interruptions dans le jeu de rôle, nombre de pauses, enjeux physiques, cognitifs et psychologiques dans l’interprétation du rôle)

·        Anticipe et reconnait les risques potentiels du « métier », y compris les menaces pour le PS causées par l’environnement (p.ex substances allergènes, expositions à des objets tranchants, qualité de l’air ambiant, exposition à du matériel invasif)

·        Sélectionne le PS de manière à lui proposer un rôle approprié (p.ex pas de conflit d’intérêts, pas de risque de compromettre leur sécurité physique et psychologique)

·        Permet au PS de renoncer à effectuer une activité si celui-ci a l’impression que sa participation n’est pas appropriée.

·        S’assure que le PS est au clair sur les objectifs, consignes et paramètres d’une activité simulée.

·        Offre au PS des stratégies pour limiter et atténuer les possibles effets indésirables d’un rôle et prévient les blessures et la fatigue.

·        Informe le PS sur les critères et le processus pour interrompre une simulation s’il la considère comme préjudiciable.

·        Structure le temps et crée un processus pour la sortie du rôle et le débriefing du PS.

·        Supervise le PS et répond à ceux qui font une expérience négative au cours d’une activité.

·        Propose au PS une procédure en cas d’expérience négative lors d’une activité (document et étapes pour résoudre la situation)

·        Soutient le PS qui agit dans les limites des attentes du programme s’il y a une plainte le concernant.

·        Gère les attentes des utilisateurs au sujet des possibilités et des limites du PS.

·        Travaille avec les utilisateurs à définir clairement le degré d’implication du PS dans une activité donnée.

Confidentialité :

·        Comprend les principes de confidentialité relatifs à tous les aspects de chaque activité de simulation.

·        S’assure que le PS comprend et applique les principes de confidentialité relatifs à chaque activité de simulation.

·        Protège de la divulgation les informations personnelles de chaque intervenant, y compris celles révélées au cours d’une activité de simulation.

Respect de la personnalité :

·        Respecte les limites exprimées par le PS (p.ex. timidité, limite au contact physique, impacts sur la personnalité, …)

·        Fournit au PS les informations adéquates de façon à ce qu’il puisse prendre une décision éclairée quant à sa participation à une activité.

·        S’assure que le PS sait quand et comment il sera rétribué avant qu’il accepte une activité (contribution pour les entrainements et l’activité, frais de trajets et/ou de repas, carte cadeau,…)

*PS = Patient-e ou Partenaire Simulé-e ou Standardisé-e. Le texte est à lire également au féminin.

De toute évidence, il est nécessaire que la communauté de professionnels impliqués dans la simulation humaine puisse agir en accord avec une éthique commune ainsi qu’avec des valeurs et des standards partagés. Il est plutôt satisfaisant de constater que ces standards ont été adoptés et mis en pratique à Genève déjà depuis 1995, lorsque les premiers patients-acteurs sont intervenus dans le cadre de la formation des étudiants en médecine de l’UNIGE. Afin d’éviter que ces pratiques d’excellence ne restent confidentielles ou ne se transmettent qu’oralement, au risque d’être transformées ou perdues, il est essentiel de les formaliser et de les présenter à tout intervenant travaillant avec un PS.

Si la quête vers des soins de qualité optimale tend à considérer le vrai patient comme un partenaire incontournable, la création ou la poursuite d’une formation expérientielle de qualité optimale se doit de considérer la patiente-actrice et le patient-acteur comme des partenaires des plus précieux.

Véronique Meister, adjointe scientifique CIS

*Par volonté d’alléger le texte, celui-ci est rédigé au masculin. Il est bien entendu à lire également et intégralement au féminin.

 Références :

  • The Association of Standardized Patient Educators (ASPE) Standards of Best Practice (SOBP) Karen L.Lewis, Carrie A.Bonhert, Wendy L.Gammon, Henrike Hölzer, Lorraine Lyman, Cathy Smith, Tonya M.Thompson, Amelia Wallace and Gayle Gliva-McConvey (2017)
  • Mindfulness as a Predictor of Positive Reappraisal and Burnout in Standardized Patients Holly A.Gerzina, Erick J.Porfeli (2012)
  • Quel impact la pratique simulée a-t-elle sur le PS ? Demaurex, J. Wiesner Conti, P. Pichiottino, E. van Gessel (2014)
  • The impact of simulation on people who act as simulated patients: a focus group study Bokken, J. van Dalen, J-J. Rethans (Medical Education 2006)
  • Performance-related stress symptoms in simulated patients Bokken, J. van Dalen, J-J. Rethans (Medical Education 2004)
  • The use of simulated patients in medical education : AMEE guide n°42, Jennifer A. Cleland, Keiko Abe, Jan-Joost Rethans (Medical Teacher 2009)

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