Technicien: un métier au service de la simulation et des patients

Aujourd’hui, José attend 2 groupes, 12 participants, 5 formateurs pour 4 simulations: c’est ce jour-là qu’il me propose de le suivre[1] pour mieux comprendre son travail de technicien… mais pas uniquement….

Je saisis vite le rôle central qu’il joue dans la formation par simulation: à 8h15, à l’arrivée des formateurs, tout est prêt:“ A ce moment, je suis à leur disposition” dit-il.  Normal, José n’a pas chômé; il est arrivé une heure et demie plus tôt pour préparer le mannequin, le scénario, le matériel et le maquillage de la salle en bloc opératoire.

Un rapide briefing avec les deux formateurs lui permet de revoir les objectifs de la simulation, le décours du scénario, le rôle qui lui est confié dans le déroulement du scénario et au cours du débriefing.

Après la présentation des potentialités et limites du mannequin (José insiste: “le mannequin ne devient pas rouge, ni chaud, ni marbré”), José s’installe dans sa salle de contrôle. Il m’explique: “on fait de plus en plus du live; je change le déroulement du scénario en fonction des groupes, des objectifs d’apprentissage que veulent travailler les formateurs, de ce qu’il se passe pendant la simulation[2]”.

Derrière ses écrans et sa vitre sans tain, entouré de 4 formateurs et observateurs, José, imperturbable, voit et entend tout; rien ne lui échappe: “il faut rester très concentré” m’explique-t-il. Il répond aux consignes du formateur “monte cette valeur, descend celle-ci”, à ses questions “qu’est-ce qu’il a fait, je n’ai pas vu?” “zoom un peu”, quitte précipitamment son poste pour vérifier un micro qui semble ne pas fonctionner ou réparer un saturomètre arraché par l’un des participants…. sans rien perdre de ce qui se déroule en simulation…

Soulagement chez les participants quand José annonce la fin de la simulation. Rapidement, il met en sécurité le matériel sensible, prépare le film de la simulation qui vient de se dérouler et qui sera utilisé comme support à l’auto-confrontation durant le débriefing.

Entre 11h30 et midi, lorsque le premier groupe a quitté les lieux, José plante un autre décor pour les simulations suivantes: “on passe à l’étage, il faut changer le lit, le matériel”. Un nouveau scénario sera joué l’après-midi: José, c’est aussi une référence sur laquelle les jeunes formateurs s’appuient. Il fait des suggestions pertinentes, prépare les documents pédagogiques, parcourt les présentations et règle quelques désaccords. Des débriefings, José en a vus! Grâce à ses formations, d’aide-soignant d’abord, d’instructeur en simulation ensuite et ses 10 années d’expérience en simulation, il y participe activement en soutenant les formateurs, notamment dans le débriefing des compétences non-techniques telles que la communication, le leadership et plus généralement le travail en équipe. Il donne également des feedbacks aux participants sur leurs performances techniques telles que la qualité de leur massage cardiaque ou l’efficacité de la ventilation artificielle.

A la fin de la journée, au moment du débriefing de la séance entre formateurs, José est encore là! Souriant et aimable, il les interroge pour savoir s’il faut prévoir des améliorations de son côté. Il n’hésite pas non plus à commenter, avec beaucoup de bienveillance et de pertinence, leur débriefing.

Une fois que les équipes ont quitté les lieux, José, rigoureux, met à jour ses statistiques : nombre d’heures de simulation et de participants, leur profil et provenance, liste du matériel. En effet, la gestion administrative des activités de simulation est indispensable à son bon déroulement (voir l’article sur la gestion administrative d’un centre de simulation)».

Egalement connu, outre atlantique, sous le titre de « The human patient simulation operator »[3] ou « pilote de simulation haute-fidélité », le métier de technicien en simulation fait partie des professions modernes et récentes, indispensables à la méthode d’apprentissage par la simulation. Mais le technicien c’est aussi l’âme de la simulation, la voix du patient. Or le patient a peur, il a mal, il a la tête qui tourne ou des difficultés à respirer. Il veut qu’on appelle sa femme ou qu’on retrouve ses clés. José est aussi l’humain dans le mannequin: il habite le rôle des différents patients dans des contextes variés et exprime oralement, par la voix du mannequin, aussi bien les sentiments-émotions du patient que la symptomatologie des pathologies. Ainsi, il va sans cesse rappeler aux apprenants que la situation pourrait être réelle, afin de les maintenir immergés dans la fiction[4]. Élément essentiel à la réussite d’une simulation avec mannequin haute-fidélité, c’est avant tout au service du patient que le technicien travaille.

Joanne Wiesner Conti, José-Manuel Garcia, Robert Doureradjam

Références

Kusnoor, AV., Stelljes, LA. (2016). Interprofessional learning through shadowing: Insights and lessons learned. Medical teacher, 38(12), pp.1278-1284.

Dieckmann, P, Lippert, A., Glavin, R., Rall, M., (2010). MD,  When Things Do Not Go as Expected: Scenario Life Savers. Simulation in Healthcare: The Journal of the Society For Simulation in Healthcare. 5(4), pp. 219-225

Gantt, L. (2012). Who’s Driving? The Role and Training of the Human Patient Simulation Operator. Computers, Informatics, Nursing, 30 (11), pp 579-586.

Horcik, Z. & Durand, M. (2015). L’expérience mimétique dans l’apprentissage adulte: le cas des formations par simulation. Revue Suisse des sciences de l’éducation 37(1), pp 167-186

Le CiS, un centre conjoint

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